Mabon : le sabbat de l’équilibre et de la seconde récolte
Deuxième des trois sabbats des moissons,
Mabon nous apprend à trouver l’équilibre entre ce que l’on garde et ce que l’on laisse partir.
C’est le moment où la lumière et l’obscurité se regardent enfin d’égal à égal.

Chaque année, entre le 21 et le 23 septembre, la Roue de l’Année arrive à un point de bascule très particulier. D’ailleurs, cette année, l’équinoxe tombe le 23 septembre 2026. On l’appelle Mabon, ou Alban Elfed selon la tradition à laquelle on se réfère. En effet, pendant une journée, le jour et la nuit ont exactement la même durée. Puis l’obscurité prend doucement le dessus, jusqu’au solstice d’hiver. En ce moment, les vergers croulent sous les pommes, les vignes sont prêtes à être vendangées, les feuilles commencent à roussir. Ainsi, la nature nous montre un geste tout simple : celui de faire des réserves avant de rentrer à l’intérieur.
Dans cet article, je te propose donc de tout savoir sur ce sabbat. D’abord, d’où vient son nom, et pourquoi il est plus récent qu’on ne le croit. Ensuite, ce qu’il apporte spirituellement. Puis, comment le célébrer concrètement chez toi, seule ou en groupe. Et enfin, ce que Mabon représente pour moi.
Qu’est-ce que le sabbat de Mabon ?
Mabon se situe exactement à mi-chemin entre Lammas et Samhain, et correspond ainsi à l’équinoxe d’automne. Encore une fois, je te parle ici de la grande Roue de l’Année que suivent les pratiquant·es de la Wicca et les païens. C’est donc l’un des huit temps forts de l’année, et l’un des quatre sabbats solaires, au même titre qu’Ostara, Litha et Yule.
Contrairement à Lammas qui peut se fêter à date fixe, Mabon suit le mouvement du soleil. En effet, on le célèbre le jour où le soleil entre dans le signe de la Balance, à 0°. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard : la Balance, c’est justement le symbole de l’équilibre. Certaines personnes préfèrent le fêter le jour même, tandis que d’autres choisissent le week-end le plus proche. De toute façon, il n’y a pas de « bonne » façon de faire, mais seulement celle qui résonne avec ta pratique et ton quotidien.
Un nom emprunté à la mythologie galloise
Je vais être honnête avec toi, parce que je trouve ça important. En fait, le nom « Mabon » pour désigner ce sabbat est récent. Il a été proposé au début des années 1970 par Aidan Kelly, un auteur païen américain, afin de donner un nom celtique à l’équinoxe d’automne qui n’en avait pas vraiment. Autrement dit, les anciens Celtes ne fêtaient pas « Mabon » comme on l’entend aujourd’hui. Cela dit, ça n’enlève rien à la force de ce sabbat, mais je préfère que tu le saches.
Le nom vient de Mabon ap Modron, un personnage de la mythologie galloise qu’on retrouve dans le Mabinogion, et plus précisément dans le récit de Culhwch et Olwen. En effet, son nom signifie littéralement « le Fils, fils de la Mère ». Quant à Modron, sa mère, elle est une figure de la Terre Mère, la grande nourricière.
La légende raconte que Mabon a été enlevé à sa mère alors qu’il n’avait que trois nuits. En plus, personne ne savait où il était retenu. Afin de le retrouver, les compagnons d’Arthur sont allés interroger les animaux les plus anciens du monde : le merle, le cerf, le hibou, l’aigle, et enfin le saumon, le plus vieux de tous, qui les a menés jusqu’à sa prison. Finalement, Mabon a été libéré.
J’aime beaucoup cette histoire, en particulier pour cette période de l’année. Au fond, c’est celle d’un enfant de lumière enfermé dans l’obscurité, qu’on ne retrouve qu’en écoutant la sagesse des anciens. À vrai dire, c’est exactement ce que l’automne nous demande : descendre à l’intérieur, et faire confiance au fait que la lumière est toujours là, même cachée.
D’autres noms, d’autres traditions
Par ailleurs, chez les druides modernes, ce sabbat s’appelle Alban Elfed, qu’on traduit souvent par « la lumière de l’eau ». On l’appelle aussi parfois « la fête des vendanges » ou « l’Action de grâce des sorcières », parce que c’est avant tout une fête de remerciement.
On y associe aussi beaucoup le mythe grec de Déméter et Perséphone. Selon la légende, c’est à l’équinoxe d’automne que Perséphone redescend dans le monde souterrain, auprès d’Hadès. Alors, Déméter, sa mère, déesse des moissons, tombe dans le chagrin, et la terre se refroidit avec elle. Une fois de plus, c’est une histoire de mère et d’enfant séparés, et encore une descente dans l’ombre. De cette façon, les deux mythes se répondent, et c’est ce qui rend Mabon si riche.
« Mabon, c’est le moment où l’on remercie pour ce qui a été récolté, avant de se préparer à la part sombre de l’année. »
Ce que célèbre Mabon
À l’origine, cette période correspond à la deuxième récolte de l’année. Après les céréales de Lammas, place aux fruits : les pommes, les poires, les raisins, les noix, les courges. C’était le temps des vendanges, des conserves, du cidre, des greniers qu’on remplit pour tenir tout l’hiver.
Sur le plan symbolique, plusieurs thèmes se dégagent :
- L’équilibre, entre le jour et la nuit, entre l’action et le repos, entre donner et recevoir. Pendant un instant, tout est à égalité.
- La gratitude, pour l’abondance de l’année. Mabon est souvent vu comme le grand repas de remerciement du calendrier païen.
- La préparation à l’hiver, faire des réserves, au sens propre comme au sens figuré. Qu’est-ce qui va te nourrir pendant les mois sombres ?
- La descente intérieure, la lumière décline, et on est invité·e à se tourner vers soi, vers l’introspection, vers ce qui se passe à l’intérieur.
Ce que Mabon apporte spirituellement
Si Lammas nous demandait de regarder ce qu’on a semé, Mabon nous demande de trier. On a récolté, maintenant il faut choisir ce qu’on garde pour l’hiver, et ce qu’on laisse pourrir au pied de l’arbre pour nourrir la terre.
C’est un sabbat qui parle beaucoup à celles qui ont du mal à trouver l’équilibre. Entre la vie de maman et la vie de femme, entre le travail et le repos, entre ce qu’on donne aux autres et ce qu’on se garde pour soi. On a souvent une balance qui penche toujours du même côté. Mabon est le moment idéal pour la regarder en face.
Trois axes spirituels traversent particulièrement ce sabbat :
L’équilibre
L’équinoxe est un moment de parfaite égalité. C’est l’occasion de te demander où tu en es dans ta propre balance. Est-ce que tu t’épuises ? Te mets-tu de côté ? Est-ce qu’il y a une part de ta vie qui prend toute la place ? Il ne s’agit pas de viser la perfection, mais de retrouver un point d’appui.
La gratitude
Mabon est une fête de remerciement. Pour les récoltes, pour les personnes qui nous entourent, pour les épreuves aussi, parce qu’elles nous ont fait grandir. C’est une gratitude qui accepte que tout n’a pas été facile, et qui remercie quand même.
L’accueil de l’ombre
À partir de Mabon, les nuits deviennent plus longues que les jours. Ça peut faire peur. Pourtant, l’obscurité n’est pas une ennemie. C’est le temps du repos, du rêve, de la guérison profonde. C’est dans le noir que la graine prépare le printemps. Mabon nous invite à accueillir notre propre part d’ombre avec douceur, sans chercher à la fuir.
Dans ma pratique de thérapeute holistique, je vois souvent cette période comme un moment clé. Beaucoup de choses remontent à l’automne. De la fatigue, de la mélancolie, des mémoires familiales aussi, à l’approche de Samhain. Mabon est une belle porte d’entrée pour commencer ce travail en douceur, avant que le voile ne s’amincisse.
Comment célébrer Mabon : rituels et pratiques

Comme pour chaque sabbat, il n’existe pas une seule bonne façon de célébrer Mabon. Voici plusieurs pistes que tu peux adapter selon ton temps, ton espace et ton envie.
𝟙 Préparer son autel
Décore ton espace sacré aux couleurs de l’automne : feuilles mortes, pommes, grappes de raisin, noix, glands, pommes de pin, petites courges, bougies bordeaux, orangées ou brunes. Tu peux ajouter une balance, ou simplement une bougie blanche et une bougie noire côte à côte, pour symboliser l’équilibre entre la lumière et l’obscurité.
𝟚 Le rituel de la pomme
La pomme est le fruit sacré de Mabon. Coupe-la en deux à l’horizontale : tu verras apparaître une étoile à cinq branches formée par les pépins, un pentacle naturel. Prends un moment pour la contempler, puis mange une moitié en conscience, en remerciant pour ce que tu as récolté cette année. L’autre moitié, tu peux l’offrir à la terre.
𝟛 Le rituel de l’équilibre
Prends deux bols ou deux coupelles. Dans l’un, dépose des petits papiers sur lesquels tu as écrit ce qui t’a nourrie cette année. Dans l’autre, ce qui t’a épuisée. Regarde les deux côte à côte. Garde le premier sur ton autel jusqu’à Yule. Le second, tu peux le brûler ou l’enterrer, pour laisser la terre le transformer.
𝟜 La marche d’automne
Va te promener en forêt ou dans un parc. Ramasse ce qui t’appelle : une feuille, un gland, une châtaigne, une plume. Marche lentement, respire l’odeur de la terre humide. Ces trésors peuvent rejoindre ton autel, ou servir à fabriquer une couronne d’automne pour ta porte.
𝟝 La divination
C’est un moment parfait pour faire un tirage autour de l’équilibre. Tu peux par exemple tirer deux cartes : une pour ce qui est en excès dans ta vie, une pour ce qui te manque. Le Grand Etteilla se prête très bien à ce type de lecture, mais tu peux aussi utiliser les runes ou ton pendule.
𝟞 Le repas de gratitude
Mabon, c’est aussi une fête qu’on partage autour d’une table. Prépare un repas de saison avec des produits locaux : soupe de courge, tarte aux pommes, pain aux noix, jus de raisin ou cidre. Avant de manger, invite chaque personne à dire à voix haute une chose pour laquelle elle est reconnaissante. Avec des enfants, c’est un rituel tout simple qui marche très bien.
𝟟 Honorer les ancêtres
À l’approche de Samhain, tu peux commencer à faire une place à tes défunts. Une photo sur l’autel, une bougie, un fruit en offrande. C’est une belle façon de préparer doucement le travail transgénérationnel de la fin octobre.
Correspondances magiques de Mabon
Si tu souhaites enrichir ton autel ou tes rituels, voici quelques correspondances traditionnellement associées à ce sabbat :
| Catégorie | Correspondances |
| Couleurs | Bordeaux, orangé, brun, doré, vert profond |
| Éléments | Pommes, raisins, noix, glands, courges, pommes de pin, feuilles mortes |
| Herbes | Sauge, romarin, cannelle, houblon, souci, myrrhe |
| Cristaux | Cornaline, quartz fumé, œil de tigre, ambre |
| Divinités associées | Mabon, Modron, Déméter, Perséphone |
| Thèmes | Équilibre, gratitude, introspection, préparation à l’hiver |
Et pour moi, Mabon, c’est le sabbat du grand saut

Si Lammas est le jour de mon mariage, Mabon est celui de ma plus belle récolte professionnelle. C’est à Mabon 2020 que j’ai pris la décision. Halte Holistique ne serait plus un projet à côté. Elle deviendrait mon activité principale.
Depuis 2012, j’avançais à mon compte en parallèle d’un job alimentaire. Des soirées, des week-ends, des formations, des initiations, des heures et des heures de pratique. Des années à semer sans toujours savoir si ça allait pousser. Et puis cet automne-là, j’ai regardé tout ce que j’avais construit. Mes pratiques. Mes connaissances. Mes formations. Toutes les personnes que j’avais accompagnées. Et j’ai compris que la récolte était là, juste devant moi. Il ne me restait qu’une chose à faire : oser la ramasser.
« À Mabon 2020, j’ai arrêté de semer en silence. J’ai décidé de récolter. »
Ce n’était pas une décision légère. Mais c’est exactement ce que Mabon nous demande : trier ce qu’on garde et ce qu’on laisse partir. Ce jour-là, j’ai gardé ce qui me faisait vibrer. Et j’ai laissé partir la peur.
Une saison qui me fascine
En dehors de toute pratique magique, j’aime profondément l’automne. Les couleurs que la nature nous offre à ce moment de l’année sont un spectacle à elles seules. Le roux, l’or, le bordeaux. Les forêts qui s’embrasent avant de s’endormir. C’est aussi la saison du cocooning. Les plaids, les bougies, les tisanes, les soirées à la maison. Pas besoin d’un rituel élaboré pour sentir la magie de cette période. Elle est partout.
La fête de la courge en famille

L’an dernier, pour fêter Mabon, on a pris la route avec Jeremy et les enfants. On a traversé la Belgique pour assister à une fête de la courge. Un moment merveilleux. Les enfants avaient les yeux qui brillaient, et ils en gardent tellement de bons souvenirs. C’est aussi ça, la Roue de l’Année. Des moments simples qui s’ancrent dans la mémoire d’une famille.
Et cette année ?
Cette année, je cherche encore où célébrer Mabon ici, dans l’Est. Mais une chose est sûre : notre magnifique cuisine va tourner à plein régime. Soupes, tartes, plats mijotés… On va se régaler de bons petits plats d’automne, en famille, les mains dans les courges et le cœur au chaud. Parce qu’au fond, Mabon, c’est ça aussi. Remercier pour ce qu’on a, autour d’une table, avec ceux qu’on aime.
En résumé
Mabon, ou Alban Elfed, est le sabbat de la seconde récolte et de l’équilibre. Il nous invite à remercier pour l’abondance de l’année, à trier ce qu’on garde et ce qu’on laisse partir, et à accueillir la part sombre de l’année avec douceur plutôt qu’avec peur. Que tu le célèbres seule, en famille ou en cercle, avec une simple pomme coupée en deux ou un grand repas partagé, l’essentiel reste le même : trouver ton point d’équilibre avant de rentrer à l’intérieur.
Vivre la Roue de l’Année en cercle
Envie de célébrer les passages de la Roue de l’Année entourée d’autres femmes ?
Mes cercles Les Huit Visages de l’Année suivent chacun des huit sabbats : un tour de table pour déposer ce que tu portes, un temps pour découvrir l’énergie du sabbat, une méditation guidée accompagnée d’un soin collectif, puis un exercice pour l’ancrer dans ta vie. En petit groupe, 6 à 8 femmes maximum, pour que chacune ait sa place.

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