Lammas / Lughnasadh : le sabbat de la récolte et de la gratitude
Premier des trois sabbats des moissons,
Lammas nous apprend à récolter ce que nous avons semé dans les champs comme dans nos vies.
Et pour moi, ce sabbat a une résonance toute particulière.
Chaque année, dans la nuit du 31 juillet au 1er août, la Roue de l’Année tourne un peu plus vers l’automne. On l’appelle Lammas, ou Lughnasadh selon la tradition à laquelle on se réfère. C’est le premier des trois sabbats consacrés aux moissons dans le calendrier païen. C’est un moment charnière : l’été est encore là, généreux et doré, mais on sent déjà que quelque chose bascule. Les champs se remplissent d’épis mûrs, les jours commencent imperceptiblement à raccourcir. La nature nous montre l’exemple d’un geste essentiel… Celui de récolter ce qu’on a mis tant de mois à faire pousser.

Dans cet article, je te propose de tout savoir sur ce sabbat. Ses origines celtiques et saxonnes. Ce qu’il apporte spirituellement. Comment le célébrer concrètement chez toi, seule ou en groupe. Et pour finir, une histoire plus personnelle… Puisque Lammas est aussi la date à laquelle je me suis mariée avec Jeremy. En 2022, nous avons surpris nos convives avec cérémonie païenne dans notre jardin.
Qu’est-ce que le sabbat de Lammas ?
Lammas se situe exactement à mi-chemin entre le solstice d’été (Litha) et l’équinoxe d’automne (Mabon). Ici je te parle de la grande Roue de l’Année que suivent les pratiquant·es de la Wicca et les païens. C’est un sabbat majeur, l’un des huit temps forts de l’année. Il marque le passage symbolique de l’abondance estivale vers les premiers signes de l’automne.
On peut le célébrer à date fixe, le 1er août. Ou de façon plus précise sur le plan astrologique, quand le soleil atteint 15° du signe du Lion. Les deux approches coexistent selon les traditions et les sensibilités de chacun·e. Il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » façon de faire… Seulement celle qui résonne le plus avec ta pratique.
Deux noms, deux héritages
Ce qui rend ce sabbat particulièrement riche, c’est qu’il porte en réalité deux noms, issus de deux traditions distinctes qui se sont progressivement mêlées au fil des siècles.
Lughnasadh vient du vieux gaélique et signifie littéralement « l’assemblée de Lugh », en référence au dieu solaire celte. C’est une figure irlandaise associée à la lumière, aux arts, aux savoirs et à la souveraineté. La légende raconte que Lugh aurait institué cette fête en hommage à sa mère adoptive, Tailtiu. Elle est morte d’épuisement après avoir défriché les terres d’Irlande pour les rendre cultivables. Cette origine mythologique donne au sabbat une dimension profondément touchante. On y célèbre l’abondance, mais on n’oublie jamais le sacrifice et le travail qui l’ont rendue possible.
Lammas, de son côté, vient du vieil anglais « hlaf-mas », qui signifie « messe du pain » ou « fête de la miche ». Cette appellation, est d’origine saxonne et germanique, elle renvoie à la coutume médiévale. A l’époque on confectionner un pain avec les tout premiers grains récoltés, et de l’offrir en signe de gratitude. Les pratiques modernes sont largement un mélange de ces deux héritages. Celtique et saxon, qui se sont enrichis mutuellement au fil du temps.
Selon les régions du monde celte, le sabbat a aussi porté d’autres noms. Lughnasa ou Lúnasa en Irlande, Lùnasdal en Écosse, Luanistyn sur l’île de Man, Gwyl Awst au Pays de Galles.
« Ce sabbat représente l’abondance et la collecte de ce qui a été semé. »
Ce que célèbre Lammas
À l’origine, Lammas correspond à la toute première récolte de l’année agricole. Celle des céréales, mais aussi des premiers fruits d’été. C’était une période de grande activité pour les communautés rurales, mais aussi une période de fête. On y organisait des jeux: Des courses, des danses, des mariages, des échanges commerciaux. Et même une véritable foire où l’on venait aussi écouter poètes, chanteurs et musiciens. Lammas était également synonyme de trêve : c’était un temps de paix, d’amitié et de rencontre entre voisins, où l’on célébrait la prospérité collective plutôt que la compétition.
Sur le plan symbolique, plusieurs thèmes se dégagent et se retrouvent dans toutes les traditions néo-païennes contemporaines :
- Le cycle de la vie, de la mort et de la transformation, les fleurs se fanent et laissent tomber leurs graines, qui peuvent être ramassées ou laissées à la terre pour engendrer la prochaine récolte. Rien ne se perd, tout se transforme.
- Le fruit de nos efforts, qu’ils soient agricoles ou symboliques, c’est le moment de reconnaître honnêtement ce qu’on a accompli depuis le début de l’année.
- L’union et le partage, la mère et l’enfant, le soleil et la lune, le masculin et le féminin : Lammas est un sabbat qui célèbre les alliances autant que les récoltes.
- Le ralentissement conscient, c’est le moment idéal pour souffler un peu, savourer ce qui a été accompli, et préparer la rentrée avec ancrage plutôt que dans la précipitation.
Ce que Lammas apporte spirituellement
Au-delà de sa dimension agricole, Lammas est avant tout un sabbat de récolte intérieure. Il nous invite à faire le point sur ce que nous avons semé, dans nos vies, dans nos relations, dans notre travail intérieur, depuis le début de l’année, souvent depuis Imbolc ou Ostara, quand nous posions nos intentions pour les mois à venir.
C’est un moment pour réfléchir aux fruits de nos efforts, à nos accomplissements, aux leçons apprises. Mais c’est aussi un sabbat qui nous confronte, en douceur, à la nécessité de lâcher ce qui ne nous sert plus. Ce n’est pas toujours simple : nous avons tous et toutes un certain attachement au passé, même quand il nous pèse. Lammas nous rappelle qu’une récolte suppose forcément une coupe, qu’on ne peut pas engranger le nouveau sans se séparer de l’ancien.
Trois axes spirituels traversent particulièrement ce sabbat :
La gratitude
Pratiquer la gratitude pour tout ce que l’on a reçu, grand ou petit, est au cœur de Lammas. Ce n’est pas une gratitude naïve ou superficielle, mais un exercice réel de reconnaissance envers ce qui a porté ses fruits, parfois après des mois d’efforts invisibles.
Le lâcher-prise
On célèbre autant le corps, à travers les récoltes concrètes, que l’esprit, à travers des rituels de libération. Honorer ce qui est né tout en acceptant que tout finira par se faner fait partie intégrante de l’énergie de ce sabbat.
Le partage de l’abondance
Historiquement, Lammas était un temps de redistribution des richesses et de rencontre communautaire. Aujourd’hui encore, ce sabbat invite à se demander comment partager ce que l’on a récolté, matériellement, mais aussi en termes de savoir, de temps ou d’énergie avec les personnes qui nous entourent.
Pour ma pratique en tant que thérapeute holistique, Lammas est un temps que je trouve précieux pour un bilan honnête à mi-parcours de l’année : qu’est-ce qui a vraiment germé depuis le début de l’année ? Et qu’est-ce qu’il est temps de laisser tomber, comme des graines qui retournent simplement à la terre ?
Comment célébrer Lammas : rituels et pratiques

Il n’existe pas une seule bonne façon de célébrer ce sabbat. Cette fête s’adapte à toutes les pratiques, qu’elles soient solitaires ou en groupe, simples ou élaborées. Voici plusieurs pistes que tu peux adapter selon ton temps, ton espace et ton envie.
𝟙 Préparer son autel
Décore ton espace sacré aux couleurs et symboles de la saison : épis de blé, tournesols, fruits d’été, pain fait maison, bougies dorées, orangées ou terracotta. Si tu as un extérieur, profites-en pour installer ton autel en plein air, en contact direct avec la nature.
𝟚 Le rituel du pain
Élément central historique de Lammas, le nom lui-même signifie « messe du pain », confectionner ou partager un pain est un geste fort. La tradition veut qu’on le façonne en forme de couronne, en symbole du soleil. Le pétrir soi-même, en conscience, renforce l’ancrage dans le geste bien plus qu’un pain acheté.
𝟛 L’offrande à la terre
Trouve un lieu naturel où tu te sens en harmonie. Dépose des grains de blé, des fruits et des fleurs en cercle ou en spirale, verse doucement de l’eau autour en symbole de purification, puis prends un temps de méditation pour remercier la terre et visualiser l’abondance à venir.
𝟜 Le bilan symbolique et le lâcher-prise
Assieds-toi avec un carnet et pose-toi deux questions simples : qu’ai-je récolté depuis le début de l’année ? Et qu’est-ce que je choisis de laisser tomber, comme des graines qui retournent à la terre ? Tu peux transformer ce lâcher-prise en geste concret, brûler un papier sur lequel tu as écrit ce dont tu veux te libérer, ou enterrer un objet symbolique dans la terre.
𝟝 La divination
C’est un bon moment pour tirer les cartes, travailler avec des runes ou un pendule, autour d’une question centrale : que suis-je en train de récolter, et que dois-je encore apprendre à lâcher ? Le Grand Etteilla se prête particulièrement bien à ce type de lecture symbolique et transgénérationnelle.
𝟞 La gratitude en communauté
Historiquement festif et communautaire : jeux, musique, foires, Lammas se prête merveilleusement à un moment partagé. Réunis-toi avec d’autres femmes, d’autres praticien·nes ou tes proches, et laisse chacune partager à voix haute une « récolte » de son année, petite ou grande.
Correspondances magiques de Lammas
Si tu souhaites enrichir ton autel ou tes rituels, voici quelques correspondances traditionnellement associées à ce sabbat :
| Catégorie | Correspondances |
| Couleurs | Orangé, doré, terracotta, brun, jaune blé |
| Éléments | Blé, épis, pain, tournesols, pommes, miel |
| Herbes | Blé, bleuet, camomille, calendula |
| Cristaux | Œil de tigre, citrine, ambre, jaspe |
| Divinités associées | Lugh, Tailtiu, déesses des moissons |
| Thèmes | Gratitude, abondance, lâcher-prise, partage |

La cerise sur le gâteau : notre mariage païen, un jour de Lammas

Voilà pourquoi ce sabbat n’est pas neutre pour moi. Le 30 Juillet 2022, jour de Lammas, Jeremy et moi nous sommes mariés d’abord à la mairie, puis chez nous, dans notre jardin, lors d’une cérémonie païenne que j’ai entièrement écrite moi-même.
Je suis dans le monde de l’occulte depuis des années, et au départ, je voulais me marier seulement entourée de mes enfants et de mon mari, sans plus de cérémonie que ça. C’est Jeremy qui m’a proposé autre chose : faire découvrir tout mon monde à notre famille et à nos amis. Alors nous avons organisé un mariage restreint, une trentaine de personnes, et j’ai travaillé à rendre accessible aux « moldus » ce qui, pour moi, relève du quotidien.
« Un ami a fait l’office. J’avais écrit chaque mot de la cérémonie. »

Ce jour-là, nous avons scellé notre amour avec des rubans, dans un rituel de poignée de mains liées, le hand-fasting, cette tradition ancienne d’où vient d’ailleurs l’expression « tying the knot ». Nous avons aussi mélangé deux sables de couleurs différentes pour symboliser la fusion de nos énergies. Il y a également eu d’autres éléments que je garde pour moi, plus intimes, qui n’appartiennent qu’à nous.
Nous avons fait des offrandes à nos défunts. Mon grand-père est décédé le 25 mai 2022, le lendemain des 4 ans de mon fils Alek, une date encore fraîche et douloureuse au moment de notre mariage. Les honorer faisait partie intégrante de la cérémonie : à Lammas, où l’on célèbre justement ce qui a été semé et récolté, il était essentiel pour moi d’inclure celles et ceux qui nous avaient transmis la vie, y compris ceux qui venaient de nous quitter.
Note importante
Il faut savoir qu’un principe traverse ce type de cérémonie : en cas de divorce, la même cérémonie doit être réalisée à l’envers, geste par geste, pour délier symboliquement ce qui a été lié. C’est une façon de rappeler que l’engagement pris n’est pas anodin, et que le rituel a un vrai pouvoir dans un sens comme dans l’autre.
Une journée chargée de bonheur

À la fin de la soirée, nous avons fait un lâcher de ballons blancs en forme de cœur, en hommage à tous nos aïeux qui avaient célébré notre union depuis un autre plan.
Et puis il y a eu le tatouage. Nos alliances, nous les avons fait tatouer nous-mêmes, chez nous. C’était une idée commune un pacte que nous avons scellé, pas seulement pour cette vie, mais pour les prochaines aussi.
Quelques mois auparavant, j’ai été contactée par le magazine Witch pour être interviewée sur ce choix de mariage païen, sur ce que cela signifiait de célébrer son union en dehors des codes traditionnels, en pleine conscience de ses racines spirituelles. Ce moment m’a confirmé une chose : que la façon dont on célèbre les passages de sa vie peut être un acte profondément politique et intime à la fois un refus des cases toutes faites, et une fidélité totale à ce qu’on est.
Aujourd’hui, chaque 30 Juillet, je repense à ce jardin, à ce pacte, à ces ballons blancs qui montaient vers le ciel. Lammas est devenu, pour moi, bien plus qu’un sabbat parmi d’autres : c’est le jour où j’ai récolté, en toute conscience, ce que des années de chemin intérieur avaient semé.

En résumé
Lammas, ou Lughnasadh, est le sabbat de la première récolte celle des champs, mais surtout celle de nos vies. Il nous invite à la gratitude pour ce qui a germé, au courage de lâcher ce qui doit retourner à la terre, et au partage de notre abondance avec celles et ceux qui nous entourent. Que tu le célèbres seule, en couple ou en cercle, avec un simple pain fait maison ou une cérémonie élaborée, l’essentiel reste le même : prendre le temps de reconnaître le chemin parcouru.


Vivre Lammas et Mabon en cercle, cette rentrée
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